HUÊ
« HUÊ est couleur »

Huê est couleur, la pigmentation pastelle de sa peau, le reflet aquarelle de ses yeux, la teinte marbrée de ses lèvres, la nacre perlée de son sourire.
Huê est couleur, la nuance de ses mots échangés, la modération dans ses propos , la douceur de sa voie chantante, impressionnisme verbal.
Huê est couleur, son cœur, son corps, son esprit.
LES SENTINELLES DES EAUX REMONTANTES
«Nous attendions l’appel des cornes annonçant le changement de saison »

Au milieu des baies maritimes, au delà du ressac, des hommes aguerris à l’attente devenaient sentinelles des eaux remontantes. Ils observaient l’horizon, à la recherche des indices annonçant l’arrivée de la lame recouvrante.
La septième lame et son souffle envahiraient la contrée des tisserands de l’eau. Dès les premières déferlantes , les sentinelles des eaux remontantes souffleraient dans leur orgue à bouche le signal de la saison des âmes errantes.
Avant l’arrivée du souffle et de lame mère ils quitteraient leurs pieux de guet dans des nasses d’osiers portaient par les courants remontants des grandes marées.
LA PASSE DES CACHALOTS
« inéluctablement ils devaient passer »

Il existe des corps mort ou l’on ne s’attache pas et que l’on esquive au large. Le temps de la montée des eaux, la combe devenue faille maritime devenait le refuge des grands cachalots.
Debout tel des Bougies Marines les tueuses des mers dormaient laissant ainsi la passe entrouverte. Porté par des courants,immobile dans le mouvement de l’eau, les embarcations dérivaient lentement.
L’ ATTENTE
« Le temps s’égrenait sous la pluie au grès des mouvements du ciel »

Attendre la lutte incessante des courants contrariés. Attendre l’instant ou ciel et terre seront réconciliés. Attendre la retraite des eaux des cieux enfin apaisés. Espérer jour après jour l’ouverture du rideau de pluie.
LE LANGAGE DES MÉDUSES
« partir ou rester elles ne savaient quoi en penser »

Portées par les mouvements de l’eau, les méduses dérivaient dans les reflets de lune. Elles attendaient en bordure de l’estran ne sachant pas se résoudre à l’échouage ou à la grande traversée.
Accrochées aux rayons de lumière, en ondulation permanente, les méduses servantes des fonds conversaient le temps d’une grande marée sur la pluie et le retour du beau temps.
Au changement de saison, leurs ombrelles d’ordinaires ombrageuses s’illuminaient et de petites lumières scintillaient le long des tentacules ambrées. l’écume et les embruns brillaient alors se reflétant dans une nuit de fin d’orage.
VOLER DANS L’EAU
«sans un doute les messagères connaissaient le chemin »

D’un lent battement d’aile dans l’eau les messagères sans un bruit se découvraient. Evoluant à fleur d’eau les raies Manta dansaient en interprétant l’odyssée des océans lointains. En élégance perpétuelle elles déployaient leurs ailes autour des cathédrales endormies dans un ballet pour une éclaircie.
Lorsque le rideau de pluie par instant s’étiolait, tel des flèches volantes dans l’eau elles indiquaient le cap aux voiles hissées pour l’appareillage des âmes errantes. Les unes après les autres elles voguaient vers l’horizon lumineux.